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La harpiste Julie Campiche rend un vibrant hommage à la force des femmes

Photo du rédacteur: GRANDJANIN Annie
GRANDJANIN Annie
il y a 3 heures
3 min de lecture

(c) Adrien Perritaz
(c) Adrien Perritaz

Après un parcours classique, à Genève, sa ville natale, elle s'est retrouvée au sein d'un big band de jazz, après avoir accepté un remplacement au pied levé. Julie Campiche se passionne alors pour ce style musical. Mais le chemin est semée d'embûches car les formations pour harpe jazz n'existent pas à l'époque. Qu'importe, elle trace sa route et deviendra la première harpiste à obtenir un master en composition et performance jazz à la Haute École de Musique de Lausanne. Elle multiplie alors les collaborations artistiques, avant de se lancer en solo avec "Unspoken". Un magnifique album dans lequel elle a choisi de rendre hommage à la force des femmes, souvent anonymes, dont le combat a fait avancer l'histoire... et la cause féminine.

Entretien après le beau concert que cette brillante poly-instrumentiste (voix, percussions, harmonium, effets électroniques, samples...) a donné il y a quelques jours au Centre Culturel Suisse, à Paris.


-Comment peut-on interpréter le titre de votre album ?

L'idée vient d'un concept de Virginia Woolf, lorsqu'elle évoque les barrières qui empêchent les femmes de s'épanouir. Qu'elles viennent de la société ou d'elles-mêmes. Il y a aussi toutes ces choses non verbalisées.

-Vous avez été confrontée à ce genre de barrière ?

Par rapport à ma première fille, j'avoue que j'ai caché ma maternité en imaginant que cela pourrait être un frein dans mon métier. Pour la seconde, je l'ai plus assumée, sans en faire un sujet public. Cela dit, j'ai eu plutôt des réactions bienveillantes et j'ai pu constater que les choses avaient évolué en 7 ans.

-Au point que vous avez choisi l'œil dessiné par votre fille sur la photo de votre pochette ?

J'ai trouvé que c'était symbolique. Sur la photo, j'ai les yeux fermés et c'est celui dessiné par ma fille qui regarde le public.

-Vous avez joué dans des formations à géométrie variable, comment êtes-vous arrivée au solo ?

J'aime le contact dans le jazz, mais le Covid est passé par là. J'ai eu des commandes de vidéos et comme on était enfermé à la maison, j'ai joué seule. Cela a porté ses fruits auprès de programmateurs qui ont cru que j'avais un répertoire solo. Je me suis dit pourquoi pas ? Cette période introspective m'a reconnectée avec moi-même. C'est un voyage que j'avais besoin de faire seule. Mais je me sens très entourée car chaque composition est le portrait musical d'une femme.




-Justement, pouvez-vous parler du titre dédié à Tarana Burke ?

C'est une militante et travailleuse sociale afro-américaine qui a créé le hashtag MeToo dix ans avant que la communauté blanche s'en empare. Je n'ai jamais eu la chance de la rencontrer ou de lui parler. Elle a eu un impact sur toutes les femmes du monde. C'était aussi l'occasion d'aborder la discrimination au sein même des femmes.

-Il y a aussi ce morceau intitulé "Las Patronas", le seul où vous ne jouez pas de la harpe ?

Ce sont des femmes qui distribuent de la nourriture et de l'eau aux migrants à bord des trains en direction des États-Unis. Elles sont assez connues au Mexique où elles ont même reçu des prix.

-Pourquoi glissez-vous parfois une écharpe entre les cordes de votre harpe?

À la base, la harpe est un instrument qui résonne énormément. C'est un peu comme un piano dont la pédale serait tout le temps enclenchée. Le foulard permet d'avoir un son qui se rapproche de la basse électrique.

-Votre public est majoritairement féminin, non ?

Ce projet touche beaucoup les jeunes. J'ai aussi le souvenir d'un homme d'environ 70 ans qui m'a posé la question suivante :"dans le premier titre ("Anonymous") ce serait bien qu'il y ait juste un homme qui parle. Pourquoi avez-vous besoin d'une voix de femme pour mieux l'entendre ?". J'avoue que sa remarque a fait bouger un curseur.

Propos recueillis par Annie Grandjanin


-Album "Unspoken" (Ronin Rhythm Records/Distribution Challenge International).

-En tournée: le 31 octobre 2026 à Bellinzona (CH), le 14 novembre à Rathenow (D), le 15 novembre à Londres au London Jazz Festival Festival TBC, le 20 novembre à Dortmund (D), le 21 novembre à Berlin (D), le 26 novembre à Genève (CH), le 29 novembre à Zurich (CH)...


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