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  • Photo du rédacteurGRANDJANIN Annie

Le pari réussi d'Ibrahim Maalouf pour ses débuts au théâtre



(c) Fabienne Rappeneau

Le 13ème Art affichait complet, le soir de la première, pour accueillir les premiers pas de comédien d'Ibrahim Maalouf. Un nouveau défi pour le virtuose trompettiste qui demeure l'un des rares musiciens à remplir Bercy ! Un défi d'autant plus téméraire que la pièce de Denise Chalem "Un homme qui boit rêve toujours d'un homme qui écoute", inspirée des chroniques de Kamel Daoud, publiées au Point, aborde des sujets particulièrement sensibles comme la condition des femmes dans notre société, la laïcité, l'islamisme... et même la Covid 19.

L'histoire raconte la profonde amitié liant deux hommes que tout oppose. Pierre (Ibrahim Maalouf) est un musicien français, frustré de ne pas pouvoir "faire hurler sa trompette" dans son appartement parisien trop exigu, tandis que Zireg (Thibault de Montalembert), écrivain algérien, s'indigne et fulmine contre les dérives de la religion.

Dès le premier tableau, on se retrouve au bord d'une plage de Nostaganem, dans la maison d'enfance où Zireg mène une existence solitaire. L'arrivée de son ami est l'occasion de partager quelques verres et considérations socio-politiques. Totalement habité par son personnage, les qualités de comédien de Thibault de Montalembert ne sont plus à démontrer, même si l'on regrette une certaine grandiloquence pour soutenir des sentences telles que "Singapour est un smartphone géant" ou "La fin du monde est un bâton de selfie" !



(c) Fabienne Rappeneau

De son côté, convaincant et touchant dans le rôle de Pierre, prompt à calmer les ardeurs belliqueuses de son ami, Ibrahim Maalouf emporte vite l'adhésion. Et que les fans se rassurent, il joue aussi de la trompette, du piano et de la flûte.

En contrepoint de ces joutes verbales, on applaudit les interventions de Sarah-Jane Sauvegrain, tout simplement bouleversante lorsqu'elle incarne cette femme qui veut "vivre libre de son corps".

Coup de chapeau également pour la mise en scène inventive de Denise Chalem, notamment lorsque les éléments de décor (piano, fauteuil...) glissent sur scène en formant un gracieux ballet.

Au final, la barque paraît tellement chargée qu'elle donne parfois le tournis. En s'allégeant d'une bonne dizaine de minutes et de quelques digressions hors sujet, le spectacle gagnerait en intensité. Pour ne garder que l'essentiel: une belle histoire d'amitié et un vibrant plaidoyer pour la laïcité et la liberté des femmes.


-Jusqu'au 31 mars 2024, à 20h30, au 13e Art, Centre Commercial Italie Deux, 30, Place d'Italie, 75013 Paris. Tél.: 01.48.28.53.53. Loc. points de vente habituels et sur le site www.le13eart.com


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