Les mille et une vies de Sarah Bernhardt
- GRANDJANIN Annie

- il y a 21 heures
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Après avoir proposé un panorama de l'art helvétique de 1890 à 1930, le Palais Lumière
d'Évian ouvre grand ses portes à "Sarah Bernhardt, le mythe vivant". Une exposition réunissant pas moins de 300 pièces (peintures, gravures, affiches, photographies, bijoux de scène portés par la comédienne, argenterie, sculptures...) provenant en majorité de la collection privée du commissaire d'exposition et historien de l'art Pierre-André Hélène.
Un véritable trésor pour les admirateurs de l'inoubliable interprète de Phèdre, de Cléopâtre ou de l'Aiglon. Au-delà de la tragédienne ovationnée dans le monde entier, c'est aussi le "monstre sacré" (dont on dit que le terme fut inventé pour elle par Jean Cocteau) qui est évoqué ici. Une femme dont les mille et une vies fascinent toujours, plus d'un siècle après sa disparition le 28 mars 1923. À l'époque, le journal Bonsoir titrera d'ailleurs :"Sarah est morte, vive Sarah !".
Sous-titrée "passion d'un collectionneur", l'exposition s'articule autour de 6 parcours: "Jeunesse, famille, débuts", "À la scène", "À la ville", "L'icône mondiale", "Le crépuscule d'un dieu" et enfin "Sarah après Sarah". Il fallait bien cela pour tenter de cerner l'incroyable itinéraire de la comédienne, femme d'affaires, décoratrice, peintre, sculptrice, muse, "influenceuse"...

Intarissable lorsqu'il évoque la vie de Sarah Bernhardt, Pierre-André Hélène émaille la visite de nombreuses et savoureuses anecdotes. Outre des confidences concernant sa tumultueuse vie amoureuse, on apprend que pour donner plus de crédibilité à son personnage dans "La Dame aux camélias", elle glissait des épingles dans son mouchoir afin de montrer le tissu taché de sang au public... Il cite également Zola affirmant à son sujet qu'il faudrait faire une loi interdisant le cumul des talents !
Au passage il rappelle son don pour dénicher (et soutenir) le talent d'autres artistes comme l'affichiste et illustrateur Alphonse Mucha, les peintres Louise Abbéma ou Georges Clairin.
Elle-même s'est d'ailleurs consacrée à la peinture et la sculpture dont quelques œuvres sont exposées.

Au fil de la visite, accompagnée d'extraits sonores et vidéos, on découvre le portrait du Duc de Morny (demi-frère de Napoléon III) protecteur de sa mère qui, au cours d'un conseil de famille, aura la lumineuse idée de proposer d'inscrire la jeune Sarah au conservatoire, celui de son fils Maurice, l'homme de sa vie, les affiches de quelques rôles (elle en a tenu plus de 120 !) qui ont marqué sa carrière. On remarque d'ailleurs qu'elle incarne plus volontiers des reines, des princesses, des impératrices, voire des saintes. Et que sa préférence allait vers des personnages qui mourraient à la fin ! Mais elle aimait également endosser des costumes d'hommes qui lui offraient, selon elle, une plus grande palette d'émotions. Soucieuse de son image, elle choisissait ses tenues de scène mais aussi les bijoux dont le commissaire a rassemblé une impressionnante collection.
Autres pièces rares, la serrure de sa loge au Théâtre Sarah Bernhardt, le fac-similé de son acte de naissance (l'original ayant brûlé pendant la Commune) sur lequel elle se serait légèrement "rajeunie", des pièces d'argenterie achetées chez Tiffany à New-York portant son monogramme et sa fameuse devise "quand même", une illustration qui a largement contribué à son statut d'icône, où elle apparaît endormie dans un cercueil...
Sans oublier le menu de la journée d'hommage national à Sarah Bernhardt, le 9 décembre 1896. Une cérémonie dont elle fut sans doute la seule personnalité à profiter de son vivant !
Un mythe qui perdure puisque la dernière section de l'exposition rassemble une quinzaine d'œuvres et objets: timbres, BD, lithographie d'Andy Warhol, street art, affiches de films... dédiés à celle qu'on appelait aussi la "Divine".
A quelques pas du Palais Lumière, il ne faut pas rater la visite de la Buvette Cachat, considérée comme un chef-d'œuvre de l'Art Nouveau, qui vient de rouvrir ses portes après plusieurs années de restauration.
Annie Grandjanin
-Jusqu'au 3 janvier 2027, du mercredi au dimanche de 10h à 18h, le mardi de 14h à 18h (de 10 h à 18h pendant les vacances scolaires), au Palais Lumière, Quai Charles-Albert Besson, 74500 Evian. Tarifs: 9 Euros, 7 Euros (tarif réduit) et gratuit pour les moins de 16 ans.




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